Marinier – Batelier

digital marmelade : « Bonjour David. Pour commencer, peux tu te présenter en quelques mots ?  »

David : « Bonjour. Je m’appelle David, j’ai 35 ans, je vis sur Dunkerque et je suis célibataire »

digital marmelade : « David, tu exerces le métier de marinier, qu’on appelle aussi batelier. Peux tu nous présenter ton métier en quelques mots ? »

David : « Le métier de marinier consiste, tout comme un chauffeur routier, à transporter des marchandises, mais sur l’eau, via les voies de navigations à l’intérieur de terres (fleuves, rivières etc.) et avec une péniche et non un camion »

digital marmelade : « Si je comprends bien, une péniche ne peut aller en mer ? »

David : « Exactement. Les péniches ont un fond plat, il leur est donc impossible de naviguer en mer. Cependant, certaines péniches, à condition qu’elles soient prévues pour cela, et que leur conducteur dispose d’un permis côtier, peuvent longer les côtes »

digital marmelade : « Commençons par le commencement : comment devient-on marinier ? »

David : « Dans le temps, on était marinier de père en fils, aucun diplôme n’était requis, on apprenait sur le tas, avec papa pour formateur. Désormais, il faut passer un CAP (2 ans de formation) dans la seule école qui le propose, située à Tremblay. Durant cette formation, on peut passer deux permis qui permettront de « conduire » différentes péniches. C’est la taille des péniches qui détermine le type de permis requis : le premier permet de conduire des péniches jusqu’à 80 mètres de long et 6 de large, et le second permet de conduire les péniches d’un gabarit supérieur »

digital marmelade : « Il existe donc plusieurs types de péniches ? »

David : « Oui. On peut parler de trois catégories de péniche :
– Celles appelées freycinet : 38.5 mètres de long sur 5.05 de large
– Celles appelées Convoi : 2 freycinets mis bout à bout, tout simplement, un freycinet poussant l’autre
– Toutes les autres, qualifiées par leurs tailles : elles vont de 60 mètres sur 6 de large jusqu’à 120 mètres sur 11 de large »

digital marmelade : « Donc j’imagine que selon le gabarit de la péniche, certaines ne peuvent pas passer partout ? »

David : « C’est la taille des voies navigables qui déterminent si une péniche peut y naviguer ou pas. Il y a trois types de canaux : les grands gabarits, les moyens gabarits et les petits gabarits. Mais c’est surtout la taille des écluses qui déterminent si une péniche peut passer ou pas. Certaines écluses font exactement la taille d’un freycinet : une fois la péniche au milieu de l’écluse, on ne passe plus un doigt entre la péniche et les portes de l’écluse ! Les petites péniches (freycinet) ont donc encore de l’avenir puisqu’elles seules peuvent naviguer sur les canaux petits gabarits »

digital marmelade : « Une péniche transporte des marchandises, mais quel type de marchandise et dans quelle quantité ? »

David : « Un marinier transporte surtout des matières premières, comme des céréales (blé, orge etc.), des minerais, du charbon, du pétrole et tout ce qui se rapporte à la pétrochimie, des rouleaux de tôles etc. En général, un marinier transporte un seul type de marchandise. Pour les quantités, un freycinet (la plus petite des péniches) peut embarquer jusqu’à 400 tonnes de marchandises. Pour les plus grosses, c’est proportionnel à la taille de la péniche »

digital marmelade : « Et ça coûte combien une péniche ? »

David : « Je te vois venir… Il faut savoir que la fabrication de péniches a été légalement interdite en France dans les années 60, pour éviter de saturer le marché. A l’époque, il y avait pas loin de 15 000 péniches en circulation, et l’état a préféré en limiter les quantités. Ce qui a pour conséquence que le métier est voué à disparaître, remplacé progressivement par les transports autoroutiers et ferroviaires, d’autant que les vocations se font plus rares. Donc de nos jours, si on veut acquérir une péniche, ce sera d’occasion. Les plus petites se vendent un gros 60 000€ alors que les plus grosses peuvent atteindre des prix en millions d’euros.  »

digital marmelade : « Un marinier travaille à son compte ou il a un patron ? »

David : « Le marinier est avant tout un artisan, à son compte. Certains travaillent pour des sociétés de mariniers, mais la plupart sont des artisans. Un affréteur s’occupe de centraliser les transports à effectuer, et chaque marinier décide quelle mission il décide de faire »

digital marmelade : « Et les missions, ca peut durer combien de temps ? »

David : « Cela peut aller d’une journée (très rare) à trois semaines un mois. Il faut se rendre sur le lieu de chargement de la marchandise, la charger, faire le transport, la décharger à destination puis le retour »

digital marmelade : « Mais sur un trajet de plusieurs semaines, le marinier ne s’arrête jamais ? »

David : « Légalement, et au même titre qu’un chauffeur routier, des pauses sont obligatoires : une pause de 8 heures toutes les 16 heures de navigation. Mais les contrôles en France étant très rares (contrairement à la Belgique ou à la Hollande par exemple), c’est très peu respecté. Autrement dit, tant qu’on peut avancer, on avance »

digital marmelade : « Vous ne vous arrêtez jamais ? Vous ne dormez jamais ? »

David : « Certaines écluses ont des horaires d’ouverture qui sont en général de 6h30 à 19h30. Si vous arrivez en dehors de ce créneau, il vous faut bien patienter. Là, on amarre la péniche et on se pose. Cependant, de plus en plus d’écluses sont automatiques, ou fonctionnent 24h/24. Il faut aussi savoir qu’il faut être à deux sur une péniche, c’est obligatoire : un marinier et un matelot. Le matelot s’occupe de préparer le bateau avant un chargement, l’amarre, s’occupe de l’entretien, et est là pour nous soutenir en cas de gros coups de fatigue. »

digital marmelade : « Et il n’y a pas de péage sur les canaux ? »

David : « Si, il y a bien des péages sur les canaux. En fait, certaines écluses en plus de faire passer les bateaux, enregistrent votre passage. Tous les trois mois, vous êtes facturé par VNF (Voies Navigables de France) selon les parcours effectués. »

digital marmelade : « Et ça gagne bien marinier ? »

David : « Non. En tant qu’artisan, c’est difficile, il faut faire de nombreux voyages pour atteindre un salaire décent. En moyenne, un marinier doit dégager de son activité d’artisan un salaire mensuel d’environ 1 000€. Certains gagnent plus en ayant des péniches en leasing, en travaillant pour des compagnies de marinier »

digital marmelade : « Et toi, qu’est ce qui te plaît dans le métier de marinier ? »

David : « Je suis tombé dedans avec mon papa qui lui aussi était marinier. Et puis c’est surtout la liberté qu’offre le statut d’artisan qui me plaît le plus. Pas de compte à rendre, sauf celui de bien livré ce qu’on nous a demandé »

digital marmelade : « Et le plus loin que tu ais du aller pour ton métier ? »

David : « Rotterdam, en hollande, en partant de Dunkerque »

digital marmelade : « David, pour finir, aurais tu une anecdote à raconter sur ton métier ? »

David : « Je n’ai pas vraiment d’anecdote à raconter. Je peux juste vous parler de « la vallée des 70″ : elle se situe sur le canal de la Marne au Rhin entre Vitry le Francois et Demanges aux Eaux et traverse Sermaize les Bains, Bar le Duc, et dispose de 70 écluses ! Il faut alors 2 jours et demi pour parcourir ses 85kms pour un bateau type Freycinet avec 250t. »

digital marmelade : « David, un grand merci d’avoir pris la peine de répondre à nos questions.  »

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