Rythmes scolaires, affaire de pur business

L'industrie du tourisme, sponsor officiel des vacances scolaires

Les élèves français ont des journées de classes particulièrement chargées, contrebalancées par un nombre de jours de cours beaucoup plus light que leurs camarades voisins : 144 jours par an contre 190 au Royaume-Uni ou bien encore 210 au Danemark ou en Italie.

Tout le monde râle, mêmes les profs paraît-il, sur ce déséquilibre qui ne sert en rien le bien-être de l’élève et qui demande une sacrée organisation du côté des parents : une étude montre qu’au final 80% des parents ne passe pas plus de 15 jours de vacances en commun avec leurs enfants l’été.

Alors pourquoi se trimballe-t-on ces rythmes scolaires débiles depuis des décennies ?
Pour des raisons purement économiques comme l’explique un article paru dans Slate sous la plume de Bastien Bonnefous.

Le calendrier scolaire a toujours été fixé en tenant compte des impératifs économiques de la France.

En 1882, “la France est encore un pays majoritairement rural et l’enfant, s’il doit être scolarisé, doit aussi travailler aux champs pour les récoltes et les vendanges. Résultat, sur les quinze semaines de vacances établies dans l’année, l’essentiel est concentré sur l’été, entre le 1er août et le 1er octobre (arrêté publié en 1891), puis à partir du 14 juillet (arrêté de 1912)”.

Puis c’est au tour de l’industrie du tourisme de mettre son petit grain de sel.
“En 1961, pour la première fois, le calendrier des vacances est fixé en accord avec le ministère du Tourisme. Les vacances d’été commencent alors à la fin du mois de juin pour profiter sur les plages des deux mois pleins de juillet et août, et les vacances d’hiver apparaissent pour satisfaire l’économie des sports d’hiver (transports, hôtellerie, équipements, restauration…). Par ailleurs, un «zonage» du pays est mis en place qui décale les départs en vacances (hiver, printemps, été) en trois zones pour assurer au tourisme une activité pérenne sur l’ensemble de l’année. ”

La réforme des rythmes scolaires est toujours à l’ordre du jour et les lobbystes du tourisme ne sont pas prêt de lâcher le morceau. Leurs recommandations ?
– “un étalement de la saison estivale du «15 juin au 15 septembre», alors qu’actuellement les vacances d’été courent de début juillet à début septembre.”
– et des vacances intermédiaires ” organisées «en semaines pleines, les locations étant dans la plupart des cas proposées du samedi au samedi». ”

Remarquez ça, aurait pu être pire : on a échappé aux rythmes scolaires calés sur les horaires des Mac Drive.

A lire dans son intégralité ici : Comment les lobbies imposent les rythmes scolaires

4 commentaires

  1. Tout à fait d’accord Karine.
    Plongé dans le système je ne peux qu’aller dans ce sens.
    Depuis la fin de l’année dernière, et plus particulièrement lors de cette rentrée, les réunions, les brainstorming, formulaires, remontées pédagogiques, rapports d’absentéisme, procédures de prise en charge sur le décrochage scolaire, etc… s’empilent sur mon agenda, dans mon casier et sur mon bureau.
    On nous fait gentiment croire, à l’EN, que notre avis, nos analyses sont primordiales afin d’établir des nouveaux rythmes scolaires devant l’échec avéré de notre institution.
    Niveau général en baisse, désintéressement, décrochage, manque d’ambition, manque de résultats, inadéquation de la formation avec le monde professionnel, j’en passe et des meilleurs.
    Cela fait bien longtemps que “nous” constatons, et c’est une simple question de bon sens, que les journées des élèves sont trop chargées, et ce, sans être un éminent médecin spécialisé sur les capacités du cerveau de l’enfant.
    Comme toujours en France, on se questionne une fois que l’on s’est pris le mur en pleine figure.
    Notre gouvernement par le biais de statistiques de l’OCDE, ou du dernier PISA (Programme for International Student Assessment) se réveille face à des chiffres qui font froid dans le dos sur le niveau des élèves, mais surtout sur notre incapacité à cibler les problèmes ( les vrais) et à y faire face.
    L’exemple français, l’exception française est loin, très loin derrière nous, emporté par un comportement bien franchouillard d’immobilité et de suffisance quand tout va bien, sans se projeter, ni prendre en compte les signaux d’alertes.
    L’école à pris en considération quelques changement sociétales et a essayé de les intégrer au système mais toujours de façon superficielle.
    Superficielle, car toujours abordée par le mauvais bout… Certes il y les 35 heures, les R.T.T, les divorcés, l’abondance de loisirs etc… à prendre en compte et à adapter. Oui mais en faveur de qui ? Pour le bien être de qui ?
    Les vacances du samedi au samedi… Comme les contrats de location… Pourquoi pas.
    Pas de cours le samedi matin, afin de favoriser la vie de famille, les sorties, les Week-end , les familles monoparentales et recomposées, pourquoi pas, j’en suis.
    Il serait alors intéressant de connaître la proportion d ‘élèves jouissant pleinement de ces changements…
    Mais chamboule t’on une organisation centenaire, sous des prétextes bien veillant sans penser aux répercussions de cette nouvelle donne ?
    Cela part peut être d’une bonne intention, mais au final on ne sait plus s’arrêter, ni prendre en compte les remarques, les inquiétudes, les faits réels ( suicide, dépression chez l’enfant et l’ado). On fonce, guidé par des certitudes soufflées aux oreilles politiques par certains lobbies. C’est de la poudre aux yeux, du foutage de gueule, du faux intéressement, du déplacement de problème, et par-dessus tout, du déplacement d’intérêt ! A qui profite, ou à qui profitera tout ce grand étalage soit disant démocratique sur les rythmes scolaires. A l’industrie du tourisme ? Très probablement. Aux élèves… pas sûr !
    Pourquoi ? Parce que l’immobilisme et la suffisance l’emportent. Les certitudes sur l’excellence de pratiques maintenant désuètes, nous empêche d’avancer, voire de changer.
    Le bon sens ? Nous en avons tous, et nous admettons que la quête principale doit être de trouver un équilibre.
    Équilibre entre capacités physiologiques, biologiques et intellectuelles, et rythmes d’apprentissages.
    Des journées de 10h de cours… plus de 41h par semaine et le tout sur 4 jours ! A un moment de la vie ou le corps et l’esprit sont en pleine mutation ?
    Il vaut mieux être bien armé, bien entouré, voire bien né pour s’en sortir.
    Travaillez plus pour gagnez plus !
    J’ai naïvement l’impression que cet équilibre est plutôt simple à trouver. Nos voisins l’ont fait depuis belle lurette, et parle deux langues minimum depuis presque deux générations, là où nous continuons à penser que le Français se parle dans le monde entier !
    Ce n’est qu’un minuscule exemple, très révélateur du mur que nous élevons face à nos problèmes francoFrançais, consistant à ne jamais traiter le fond, mais toujours la forme.
    J’ai plus d’encre… et bientôt plus de motivation, mangé par un système clientéliste et contractualisé ou toute sortie de route devient quasi définitive.
    Ah, l’école de la république, Ah l’égalité des chances !
    Alors pourquoi épiloguer sur les rythmes scolaires, là où tous les spécialistes émettent déjà un avis concordant depuis plus de quinze ans ?
    Nous pouvons alors légitimement nous questionner sur l’intérêt d’un tel débat, puisque nous avons tout ou partie des réponses.
    Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué…
    Loin d’être fataliste, même si le ton de ce billet peut en faire douter, c’est la colère, la solitude, l’absence d’écoute et de reconnaissance qui affaiblit comme moi, bon nombre de fervents acteurs et défenseurs de l’école de la république.

  2. Le voilà le best comment’ de l’année 2011 !!
    Et dire que j’ai failli faire un article sur les primes au résultat pour les provis…

  3. Je t’encourage à la faire, c’est un putain de scandale aussi ca !
    Sans compter le projet visant à ce que le chef d’établissement puisse librement recruter environ 20% de ses enseignants (en CDD) , et qu’il devienne également le seul décideur de l’avancé de carrière de ses personnels…..
    Le gouvernement est en train de pourrir la fonction, de l’emmener vers une logique commerciale et concurrentielle , avec des objectifs, des résultats, des primes, etc..
    On gère pas des boites de petits pois là , mais des enfants !!!!

  4. @Tit : tu as raison, tu ne gères pas des boîtes de petits mais visiblement des petits consommateurs et leurs parents consommateurs… :)

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