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Le stationnement payant

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Je me suis récemment posé les questions suivantes :
« Comment en sommes nous arrivés à payer le stationnement ?
Comment ceux qui l’ont instauré l’ont justifié ?
N’y a-t-il pas d’autres alternatives ? »
Autant que de questions auxquelles je vais tenter de répondre ici…

Un peu d’histoire, avec les étapes clefs du stationnement :

Sept siècles avant Jésus Christ. Le roi d’Assyrie, Sennachérid, interdit le stationnement des chars le long de l’artère principale de Ninive pour laisser suffisamment de places aux troupes et cortèges d’apparats.

100 ans avant Jésus Christ, l’empereur Jules César édite une réglementation similaire, motivée surtout par l’étroitesse des rues de Rome.

16 décembre 1607 : Henry IV et son Edit du 16 décembre 1607, rend obligatoire de laisser les voies libres de «coches, charrettes, chariots, troncs, pièces de bois et autres choses qui peuvent empêcher ou encombrer le dit libre passage des dites rues».

XVIIIème siècle, sous Napoléon Bonaparte. L’article 471 du code pénal prévoit que : «seront punis d’amendes… ceux qui auront embarrassé la voirie publique en y déposant ou y laissant sans nécessité des matériaux ou des choses quelconques qui empêchent ou diminuent la liberté ou la sûreté de passage…».

Le premier texte officiel consacré à l’usage des véhicules sur voie publique en France apparaît dans la loi du 30 mai 1851 sur la police de roulage et des messageries, complétée par le décret du 10 août 1852. Le texte vise à éviter la dégradation des chaussées dont l’entretien en tant que domaine public incombe désormais aux finances publiques. L’ article 10 de la loi interdit, à cet effet, « de laisser stationner sans nécessité sur la voie publique une voiture attelée », article repris par le décret du 27 mai 1921 qui généralise l’interdiction à tout véhicule, en incluant explicitement l’automobile.

La véritable révolution dans le stationnement en France est marquée par le décret du 21 Août 1928 qui, à la notion de nécessité renvoie à celle de motif légitime de stationnement, et admet la légalité du stationnement payant à condition que soit préservée la desserte des riverains.

C’est l’apparition du stationnement payant.

Le décret 60 226 en date du 29 février 1960 est motivé par une croissance du parc automobile que personne n’avait prévu. Ce décret légalise explicitement l’arrêt des véhicules et officialise le stationnement payant pour organiser la rotation des véhicules et le partage de l’espace public. C’est alors que la « Zone Bleue » fait son apparition accompagné d’une normalisation très précise du disque bleu.

C’est ensuite au tour du « Parcmètre » d’arriver en France puis, dès le début des années 70, de l’horodateur.

En résumé, le paiement du stationnement est motivé par plusieurs points :
- Un nombre de places inférieur au parc de véhicules susceptibles de vouloir stationner.
- Permettre une rotation sur les stationnements, pour que plus de monde puisse en profiter.
- Permettre aux habitants de trouver des places plus facilement près de chez eux.

Certes, les motivations sont tout à fait louables, mais pour atteindre pareil objectif, la contrainte du paiement était-elle la seule solution ?

Afin d’y voir plus clair, je me suis intéressé à la ville de Lille. Sur le site de la mairie de Lille, on peut y lire :
« Pourquoi le stationnement payant ?
Le stationnement payant est un des outils de la politique du stationnement et des déplacements ; il permet notamment de :
- Favoriser le stationnement en centre ville des usagers du centre ville.
- En luttant contre le stationnement abusif sur l’espace public (voitures « ventouses »)
- De par la rotation des véhicules le stationnement payant sur la voirie favorise l’accès et les déplacements dans la ville et donc contribue à une meilleure fluidité urbaine.
- Faciliter le stationnement des résidents.
- Faciliter le stationnement des professionnels de l’urgence
. »

La mairie de Lille justifie donc elle aussi le paiement du stationnement avec les mêmes arguments, en y ajoutant celui de la lutte contre le stationnement sauvage (stationnement en dehors des lieux prévus à cet effet). Je ne vois pas en quoi le stationnement payant va lutter contre le stationnement sauvage, bien au contraire.

Mais n’y a-t-il pas moyen de faire autrement ?
Imaginons maintenant que l’horodateur vous imprime un ticket, gratuitement, pour justifier de votre heure d’arrivée. Et imaginons que l’on soit sanctionné par un PV en cas de dépassement du temps de stationnement autorisé dans la zone du dit stationnement. Je pense que nous serions pile poil dans les motivations annoncées :
- Permettre une rotation sur les stationnements, pour que plus de monde puisse en profiter.
- Permettre aux habitants de trouver des places plus facilement près de chez eux.

Alors pourquoi le stationnement est-il payant ?
Je n’ai pu m’empêcher de me fendre d’un petit calcul…
Toujours concernant la ville de Lille, on peut y dénombrer en places payantes, en plus des 15 500 places gratuites :
- 8 700 places payantes sur la voirie par horodateurs
- 9 600 places dans 16 parcs en ouvrage
- 2 120 places en parc relais

Les parcs en ouvrage sont des parkings non exploités par la ville, mais par des organismes tiers (souvent privés). Je ne m’y attarderais pas, ne sachant pas comment est régie l’exploitation de pareils espaces en centre ville, par des entreprises du privé (Loyer payé à la mairie ? Royalties sur les paiements de stationnement ? Si quelqu’un a la réponse, suis preneur).

Le parc relais est un espace de stationnement situé en périphérie d’une ville et destiné à inciter les automobilistes à accéder au centre-ville en transport en commun : métro, tram, train de banlieue ou bus. Je ne m’y attarderais pas non plus, ayant trouvé des informations contradictoires au niveaux des prix et de la gratuité de certains de ces parcs autour de Lille.

Je vais donc m’intéresser uniquement aux places de stationnement suivantes : les 8 700 places payantes sur la voirie, par horodateurs.

Quels sont les prix pratiqués ?
A Lille, il existe deux zones différenciés par le prix du stationnement horaire. Plus on est proche du centre, plus c’est cher.
Zone verte : 0.85€/heure
Zone orange : 1.90€/heure

La carte de ces zones nous permet d’estimer la répartition des places disponibles à 60/40 entre les deux zones. Soit 3 480 places en zone orange, et 5 220 en zone verte.

Quelles sont les périodes durant lesquelles le paiement est exigé ?
9h00 et 12h30 – 14h00 et 19h00 sauf dimanches et jours fériés. Soit 8h30 par jour.
Combien de jours concernés ? 365 – 52 dimanches – 12 jours fériés = 301 jours.
Combien d’heures concernées ? 301 jours x 8h30 = 2558,5 heures. J’arrondis : 2555 heures.

Considérons un taux d’occupation des places de stationnement concernées de 30%, pour être large.
30% de 2 555 heures = 766 heures.

En zone verte, le chiffre d’affaires annuel sera donc de 5 220 places x 766 heures x 0.85€/heure = 3 398 742 €
En zone orange, le chiffre d’affaires annuel sera donc de 3 480 places x 766 heures x 1.90€/heure = 5 064 792 €

En effectuant ces calculs, je suis moi même stupéfait… Plus de 8 millions d’euros générés, sans parler des parcs relais et des parcs en ouvrage… C’est hallucinant !!

Voilà, je crois que je viens de trouver la vraie motivation des villes à rendre le stationnement payant…

Je pense même que l’on puisse dire qu’il s’agit d’un impôt… Un de plus… On nous cache tout, on nous dit rien…

Sources :
- Le stationnement dans les âges de Bernard Latronico.
- Le site de la mairie de Lille.
-
Wikipedia, définition du parc relais

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8 Comments

  1. Je tiens à préciser que mes calculs sont effectués « à vue de nez »… Si quelqu’un a des chiffres plus officiels, je suis preneur…
    Je suis aussi preneur des informations relatives à la gestion des parcs dits en ouvrage…

  2. SOAP dit :

    j’ai pas l’article de loi en tete mais il me semble que l’argent récolter par le stationnement NE PEUX PAS ETRE UTILISER par la mairie pour ses dépenses. C ‘est beau hein …

    en effet pour limiter le nombre de place payante a tout va, l’argent récolter par les horodateurs ne peuvent servir qu’a alimenter ce meme marché. C’est a dire repeindre les places marqué « PAYANT » au sol, mettre des horodateur plus moderne, etc…

    En gros la mairie ne peux pas faire de bénéfice sur les places de parking payant, officiel bien sur, on est d’accord que les parkings VINCI se gavent.

    voilà c’était juste pour l’info.

  3. Sylvain dit :

    Un peu de démagogie, beaucoup d’approximation … Ne serait-ce que Jules César, qui apprendrait surement avec plaisir qu’il a été empereur dès son année de naissance et en a immédiatement profité pour réglementer la circulation Urbi.

  4. @Sylvain : non, sans déc ? Jules César serait né en 100 avant JC et mort en 44 avant JC ? Oulah, mon dieu, quelle erreur de ma part dans un article qui retrace l’histoire du stationnement à travers les âges, sur plus de 2 500 ans… En effet, je me suis gouré d’une 50aine d’années. Je suis vraiment impardonnable ! Ca fout en l’air toute la crédibilité de mon article.

    Quand à l’approximation dans les calculs : oui, évidemment, je n’ai pas accès aux chiffres officiels et je le dis noir sur blanc dans le premier commentaire.

    Sylvain, encore de nombreux commentaires constructifs à fournir ? Ou mieux, une explication de la démagogie de mon article ? Enfin, juste un truc qui tienne la route quoi… Si c’est pour me fournir les années de naissance d’Henri IV ou de Napoléon, c’est pas la peine !

  5. La mairie de Lille vient d’annoncer :
    - La suppression de la gratuité en zone orange entre 12h30 et 14h00
    - L’extension de la zone orange au Vieux-Lille et au secteur de l’hôtel de ville, selon un périmètre prochainement déterminé par arrêté. Mise en place : septembre.

    L’argument de la mairie est toujours le même :
    « La fin de la gratuité est dictée par la situation , assurait hier matin le socialiste, et très bien comprise par les commerçants. Lille est embolisée entre midi et 14 h, faites le test, tout est blindé. Permettre deux rotations de véhicules pendant la pause méridienne, c’est favorable au développement économique. »

    (sources : http://www.lavoixdunord.fr)

    Mon argument est toujours le même : pas besoin de faire payer pour faire tourner les voitures, suffit de mettre des amendes au delà d’un certains temps de stationnement.

    Stationnement payant = impôt !

  6. flo dit :

    on paye pour rouler, on paye pour s’arreter…
    de plus en plus l’impression d’etre un portefeuille sur pattes…

  7. Augmentation des PV de stationnement de 11 à 20€ !!

    Il n’est «pas aberrant de revoir l’augmentation des PV», a affirmé Luc Chatel sur Canal+, soulignant qu’il n’y a pas eu de hausse «depuis 1986». «Dans les grandes villes, un PV c’est moins cher qu’une heure et demie de stationnement, donc si on veut que ce soit vraiment dissuasif c’est pas aberrant qu’on revalorise le montant», a-t-il reconnu.

    Et le fait qu’on doive payer plus de 11€ pour une heure et demie de stationnement en ville, c’est pas aberrant !!

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