Le métier de fossoyeur

digital marmelade : « Bonjour Romain. Tout d’abord, peux-tu te présenter en quelques mots ? »

Romain : Je m’appelle Romain, 27 ans, et j’habite à Lille.

digital marmelade : « Alors Romain, tu es « Fossoyeur » : peux-tu nous décrire un peu ton métier ? En quoi il consiste globalement ? »

Romain : le métier se résume en trois mots : entretien du cimetière, exhumation et inhumation.

digital marmelade : « exhumation et inhumation, c’est à dire ? »

Romain : Aujourd’hui, il n’y a plus de place dans les cimetières. Donc pour enterrer un corps, il faut lui faire une place. Pour cela, on récupère les emplacements des concessions expirées, pour lesquelles on enlève les sépultures, le cercueil ainsi que le ou les corps. On prépare ensuite la tombe, et notre boulot va jusqu’à descendre le cercueil dans le trou et à le reboucher.

digital marmelade : « Des concessions expirées ? C’est à dire ? »

Romain : Désormais, il n’est plus possible d’obtenir une concession ad vitam eternam. Les durées possibles des concessions varient selon les villes mais n’excèdent jamais 50 ans. Un an avant l’expiration d’une concession, la famille est prévenue de l’échéance. Ensuite, on attend encore deux ans après la fin de la concession pour procéder à une éventuelle exhumation.

digital marmelade : « Qu’advient-il des corps exhumés ?»

Romain : Les corps exhumés qui se résument à quelques os le plus souvent, sont déplacés dans ce que l’on appelle les ossuaires. Il arrive parfois que les corps ne soient pas assez décomposés, et dans ce cas, il nous est interdit d’exhumer le corps : on le laisse à sa place et on choisit une autre concession expirée.

digital marmelade : « C’est pas un peu trash l’exhumation ? »

Romain : Si. C’est jamais agréable de devoir sortir des corps en état de décomposition très avancée. Je vous épargne d’ailleurs les détails… C’est pas gai, mais on s’y fait.

digital marmelade : « Que se passe-t-il quand lors d’une exhumation, vous trouvez des objets précieux enterrés avec le corps ? »

Romain : On appelle la police qui cherchera à contacter la famille.

digital marmelade : « Les exhumations ont lieu que lorsque vous avez un enterrement à venir ? »

Romain : Non. Il se peut par exemple qu’une famille souhaite que le corps soit incinéré après qu’il eut été enterré. Il y a parfois aussi des exhumations quand la famille souhaite déménager la concession, ou encore pour des analyses d’ADN, en cas de reconnaissance de paternité par exemple.

digital marmelade : « Que se passe-t-il quand un défunt n’a pas les moyens de s’acheter une concession ? »

Romain : Chaque cimetière a ce qu’on appelle des terrains communs. Y sont enterrés celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’obtenir une concession (SDF par exemple). Les terrains communs sont financés par la mairie. On y enterre aussi les enfants morts nés (la mairie prend en charge les concessions pour pareilles circonstances), sauf avis contraire de la famille.

digital marmelade : « Romain, comment es-tu devenu fossoyeur ? »

Romain : Un concours de circonstance. J’y ai commencé en intérim après un licenciement, ça m’a plu. Il m’a fallu ensuite obtenir une habilitation funéraire, obligatoire pour exercer le métier de fossoyeur

digital marmelade : « Qu’est ce qui t’a plu dans le métier ? »

Romain : Tout d’abord, je trouve les cimetières plutôt jolis, et particulièrement celui pour lequel je travaille. C’est vert, calme, avec des arbres centenaires, on est au plein air. Et puis on n’est pas dérangé par les clients [;)] . En outre, je suis salarié de la mairie, et donc fonctionnaire, ce qui n’est pas pour me déplaire.

digital marmelade : « C’est quoi la journée type d’un fossoyeur ? »

Romain : Il n’y a pas de journée type. Notre travail est rythmé par les enterrements. Certains jours, aucun enterrement, alors que d’autres, il peut y en avoir plus de 5 dans la journée

digital marmelade : « Dis-moi Romain, y’a-t-il des périodes plus intenses que d’autres dans le métier et pourquoi ? »

Romain : Non, pas particulièrement. Mais je n’étais pas fossoyeur en 2003, lors de la canicule. Mes collègues me racontent qu’à cette période, il y avait beaucoup de boulot…

digital marmelade : « Qu’est ce tu n’aimes pas dans ce métier ? »

Romain : Quand il s’agit d’enfant. Parce qu’on descend les cercueils dans la tombe, on assiste à la cérémonie. Et c’est toujours très prenant, particulièrement quand il s’agit d’enfants

digital marmelade : « Aurais-tu une anecdote liée à ton métier à nous raconter ? »

Romain : on a déjà enterré un chat empaillé avec une mamie, et un accordéon avec un vieux monsieur. Les enterrements que je préfère, ce sont les enterrements arméniens. Parce qu’ils viennent avec de quoi boire (vodka) et des plats préparés, et qu’ils en mettent partout autour du cercueil. Je trouve ça original. Dernière chose : quand vous vous promenez dans un cimetière, ne soyez pas étonné de trouver parfois des os : ils sont poreux, et remontent à la surface…

digital marmelade : « Gros merci Romain d’avoir pris la peine de répondre à nos questions ! »

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